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(18)Nostalgie

Les odeurs ont toujours été, pour moi, un incroyable marqueur de souvenirs.

J’ai toujours tout senti. Tout ce que j’avais dans les mains, je le portais à mes narines machinalement, et je me connectais olfactivement à l’objet. Pour vérifier si ce que j’avais sous mes yeux était bien …ce que j’avais sous les yeux, ou peut être, pour m’imprégner, allez savoir.

Si je croise une odeur, un parfum, le fumet d’un plat, l’arôme d’un fruit, la fragrance d’une fleur ou d’un aromate, les émanations d’une lessive ou d’un nettoyant, tout me rappelle à des souvenirs, ou à des lieux, .

On parle des « odeurs d’hôpital », mais moi je reconnais une résidence de vacances rien qu’en traversant un couloir, les syndics de gestions doivent tous avoir le même fournisseur en produits ménagers !

Le pouvoir olfactif, et souvent très puissant, il peut produire de véritables illusions. Comme lorsque je me ballade dans un marché et que je passe devant le stand de charcuterie ou de rôtisserie, je suis rassasiée par les effluves gourmands qui s’en dégagent, je peux sauter le repas de midi !

Incroyable le pouvoir de l’odeur, même dans le nombre, que ce mot compte de synonymes, il y a comme une grandeur, un brin de suffisance. J’en ai déjà employé une liste non exhaustive un peu plus haut, et à leur seule évocation, sans même savoir de quoi l’on parle, on sent la délicatesse, la note sucrée ou poivrée, qui viendra émoustiller nos narines.

Bien sûr, « les effluves  légers des tilleuls en fleurs », n’ont pas les mêmes répercutions que les « effluves  émanant d’un corps vivant, après une dégustation de flageolets à la cantine »…mais c’est un détail.

L’inverse se produit, bien sûr, lorsqu’un souvenir me revient en mémoire, je me rappelle l’odeur ou un goût qui lui est rattaché.

Cela m’est arrivé cette semaine, mon enfance est remontée de plein fouet, avec un sandwich à la merguez !

Une ancienne camarade l’école primaire m’a contactée, après m’avoir reconnue sur Facebook. Elle n’était pas certaine que ce soit moi, mais à l’évocation de son prénom, moi je l’ai remise tout de suite ! Nous n’avions jamais été amies proches, autant que je m’en souvienne, je ne sais même plus jusqu’en quelle classe nous nous sommes suivies, et nous nous sommes perdues de vue dès l’entrée au collège. Nos routes ne se sont plus jamais croisées depuis plus de 30 ans. Mais je ne l’ai jamais oubliée.

Je lui ai envoyé ma photo de classe de CP, histoire de vérifier quand même. Avant de lui dire que ce dont je me rappelais, c’était d’une petite fille adorable qui mangeait des sandwichs à la merguez au goûter, et que chaque fois qu’il m’arrivais d’en manger un, je me rappelais d’elle.

Ce souvenir, lié à ce goûter si particulier, m’a toujours suivi tendrement.

Peut être parce que mes goûters les plus savoureux, à moi étaient ceux que je prenais chez mes grands parents : des sandwichs au saucisson, bien sec, que mon grand père faisait sécher dans sa cave… le parfum des vacances, et de l’insouciance.

L’innocence de deux enfances liée par la charcuterie, orientale et occidentale, un message fondamentale de fraternité !

Peut être, aussi parce que cette petite fille était tout le temps souriante, sans problèmes, sans soucis, apparents. Moi je me posais déjà mille questions, je cherchais désespérément à me faire aimer, par des enfants qui ne voulaient pas de moi, et je me sentais si différente.

Tout cela n’avait pas l’air de l’atteindre. Elle avait ce goûter si singulier, moi qui avait tout le temps peur des moqueries, j’avais peur que l’on puisse la blesser avec cette particularité, mais elle mangeait ce sandwich sans s’en soucier, avec plaisir et appétit.

J’aurai tant de fois aimer avoir le même goûter, pour être dans la peau de cette petite fille, si pleine de joie de vivre et insouciante, pour m’oublier moi.

Bon, mes souvenirs de jeunesse les plus nostalgiques sont liés à la saucisse. Je sais on est loin du café des délices de Patrick Bruel, on est loin de l’odeur du jasmin et des noyaux d’abricot, mais voilà, on ne choisi pas son destin ! Et puis je ne compte pas en faire une chanson, alors pas de panique, on fera avec, j’assume!

Ça ne m’empêchera pas de prendre des nouvelles d’elle, de nouveau goûter à cette enfance si lointaine.

J’en ai parcouru du chemin. Cette petite fille si sensible, qu’elle faisait fuir les autres, si sûrs d’eux. Cette petite fille rêveuse, dans son monde, si peu dans le monde des autres, et si malheureuse de marcher à côté d’eux, et non avec eux. Cette petite fille a bien grandi, et elle se sert de tout ça, de tous ses défauts pour faire grandir d’autres enfants, et faire rêver et parfois rire les adultes qui la lisent.

Il ne faut jamais tourner le dos à son enfance, il faut s’en relever, autant que possible, et constater le chemin parcouru.

Virginie.

Par Virginie

Auteur du blog d'écriture ohlesfillesfr.fr, de contes pour enfants, de pièces de théâtre et de romans jeunesse.

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